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Sur le Champ
Sur le Champ

Je vous avoue, j'ai une grosse descente concernant le 17 octobre et ce que j'y ai vécu. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai besoin d'essayer ici d'exposer le récit sensible de mon après-midi. Parce que l'ambiance médiatique et politique est affreuse et prépare des journées encore pires Je suis arrivé à République vers 13h30. Téléphone cassé, je suis seul. J'y vais pour les jeunes que je sais nombreux et peu expérimentés sur la manif. Et franchement, je pensais faire la manif et aider les paniqués. Je ne m'attendais pas à ça. Dès mon arrivée, ça a gazé bien au delà des zones de tension, le cortège a été coupé. Les palets tombaient sur la statue de la république avec des gens dessus en panique. J'ai donc foncé pour les aider à descendre dans les gaz. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Pendant l'évacuation, plusieurs grenades ont détoné à côté de moi, un bloc de palets de gaz a frappé le monument à environ 20cm de ma tête avant de s'ouvrir, le tout pendant que j'aidais quelqu'un à descendre. A la fin de cette séquence, la place de la république était à l'ombre des nuages de gaz Tout était bloqué, le gens courraient partout. J'ai donc décidé d'aider à se mettre sur le côté les personnes déboussolées. Là ma perception du temps est complètement défaite (surtout que je n'ai pas de téléphone). Mineure en pleurs dans les gaz, personne blessée par une grenade à évacuer avec des médics, crise respiratoire, charge avec quelqu'un à terre sur lequel je me couche pour prendre les coups de matraque à sa place (un gendarme mobile a su retenir son coup en me voyant, pas les autres) Au milieu de ça, beaucoup de jeunes entre déboussolement, excitation, colère, et qui me prennent pour le vieil adjudant-chef qui doit leur apprendre la vie (beaucoup de discussions d'une grande mignonnerie mais si déprimantes, de devoir expliquer que faire pour ne pas trop souffrir face à la police) J'ai dénoncé un flic en civil qui allumait une poubelle et qui, pris de panique face aux gens qui se tournait vers lui, a lancé une grenade de désencerclement en plein dans la foule pour s'enfuir. On y a ramassé un blessé. Globalement, gaz et explosions en permanence. Il devait être 17h30-18h quand je me suis juste assis dans une zone assez vide pour reprendre de l'air et me reposer un peu. Quelque minutes après, charge à 15m de moi, je suis avec un étudiant assis aussi avec lequel je discute et personne d'autre de notre côté. Un CSI nous envoie une grenade assourdissante à 3m. On a encaissé en restant calme. J'ai aussi été mis en joue par un LBD sans avoir bougé. Et derrière, changement d'ambiance. Plus aucun gaz, plus de charge, plus d'explosions de grenades. ça fait du bien, on respire un peu. Et on se rend compte que la place est assez vidée et que le dispositif policier a explosé. On en profite pour sortir avec l'étudiant et un autre camarade que je connaissais d'autres manifs. On a découvert les rues alentours. Il était 19h30, les policiers n'arrivaient même plus à gazer ou à charger. J'ai pu rejoindre la soirée prévue de longue date d'un ami qui m'est cher pas si loin. Tout le monde m'a dit que je sentais le gaz. Quand je suis parti vers minuit, j'ai du repasser dans la zone de république/bastille. Et l'ambiance était glauquissime. Les policiers menaient une chasse au pas aux côtés de leurs camions et se faisaient des blagues sur les personnes qui les fuyaient. Je ne rapporterai pas ici ce que j'ai pu entendre mais ça faisait froid dans le dos. Voilà pour ma journée. Aujourd'hui, je prends un peu conscience de tout ça. Je vois des images, notamment celles du médic tabassé et qui reste au sol auquel je suis à peu près sûr d'avoir parlé avant, pendant qu'il soignait quelqu'un. Cela crée un vertige conséquent. Je n'ai pas vraiment de conclusion à tout ça. Mais je ne peux pas faire l'impasse sur tout ce que la police nous a fait pendant plus de 6h à République. J'utilise toutes mes ressources mentales pour ne pas sombrer dans une haine sourde pour ces matraqueurs assermentés, pour continuer à analyser. Ils nous ont tout balancé dans la gueule, sans aucune communication. Impossible de savoir quoi faire pour ne pas avoir à le subir. Sans l'intervention de bien des manifestants et médics pour éviter les paniques et sortir les blessés, le bilan humain aurait été monstrueux. Je ne ferai pas de procès d'intention. C'était peut être le plan. Défoncer les manifestants et laisser piller pour créer les images utiles au discours fasciste. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas une panique des troupes au contact. Le commandement a au mieux laissé consommer toutes ces munitions au pire donné l'ordre de bombarder indistinctement. Et seul dans mon salon à travailler, les images me remontent et je pense à tous les blessés que j'ai vu passer, aux coups que j'ai pris et ceux que j'ai évité par chance, et j'en veux aux institutions qui ont refusé jusqu'au bout la désescalade.

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