Le mouvement lycéen, qui entre, lundi 5 octobre, dans une troisième semaine à hauts risques, tant les tensions sont fortes, s’est d’ores et déjà hissé au rang des plus importantes mobilisations adolescentes des dernières décennies par son ampleur et sa nature.
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Comment expliquer une propagation si rapide et massive ? Les violences qui ont émaillé plusieurs blocages et ont pu déborder en «violences urbaines», selon le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, ne doivent pas effacer les caractéristiques d’un mouvement singulier à bien des égards. Contrairement au schéma historique qui place les lycées de la capitale aux avant-postes, c’est la banlieue parisienne qui en a été le déclencheur. La mobilisation a lieu non pas au printemps mais à l’automne et ne surgit pas en opposition à une nouvelle réforme. Derrière les slogans adolescents en apparence désordonnés, souvent facétieux, provocateurs voire insolents, on retrouve une préoccupation partagée pour l’égalité des chances, dans un pays où l’origine sociale pèse lourdement sur la réussite scolaire, et des maux bien documentés. La génération de lycéens d’aujourd’hui est celle du pic démographique de 2010, dont la scolarité dans le secondaire a été marquée par les conséquences des milliers de suppressions de postes décidées dans les collèges et lycées sous les deux mandats d’Emmanuel Macron. L’enseignement secondaire public compte aujourd’hui moins d’enseignants qu’en 2008, alors qu’il scolarise 250.000 élèves de plus. Les effectifs n’ont ainsi cessé d’augmenter dans les lycées : dans le public, plus de 70 % des classes comptent plus de 30 élèves, voire plus de 35 dans 20 % des cas. Politiquement, cette colère et ce mal-être diffus sont un écueil de taille pour le gouvernement, qui ne peut apaiser le mouvement avec le retrait d’un texte – comme ce fut le cas du contrat première embauche (CPE) en 2006, ou de la réforme du baccalauréat voulue par François Fillon en 2005. «Les marges de manœuvre budgétaires sont faibles», pour l’historien @lelievre41.bsky.social ce qui peut en partie expliquer la posture du gouvernement : «En faisant passer les lycéens pour des fauteurs de troubles manipulés, on s’exonère auprès de l’opinion de la nécessité de leur apporter des réponses.» «C’est une erreur de penser que les jeunes sont idiots. Les mobilisations lycéennes sont des mouvements sociaux qui ne sont pas pris au sérieux», met en perspective ce spécialiste des mouvements lycéens et étudiants Robi Morder. Pour preuve, selon le chercheur, «les revendications sont floues, à l’opposé de ce que serait une mobilisation préparée par une organisation». La réponse policière immédiate est, en revanche, beaucoup plus inhabituelle. «L’envoi systématique de la police et le nombre d’interpellations sont assez inédits pour un mouvement lycéen d’ampleur nationale», note Robi Morder. Pour le sociologue @sebastianjroche.bsky.social « on assiste au déploiement de la doctrine engagée durant les deux mandats d’Emmanuel Macron en matière de gestion des foules, ... appliquée pour la première fois sans distinction à des adolescents qui font leur première expérience politique : des interpellations de masse pour dissuader, et l’usage des armes comme pivot de l’action de la police ».